Mais je ne savais qu’en faire, gêné justement par la multiplicité des points de vue possible sur cette aventure énigmatique, jusqu’à ce que vienne l’idée de travailler justement sur la variation des modes de représentation, des styles de jeu et des techniques, en commandant le texte à un membre de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), Jacques Jouet. Etant de mon premier métier marionnettiste et montreur d’ombres, j’ai d’abord pensé à de l’image manipulée à vue, en utilisant différentes techniques (ombre, catoptrique, lanterne magique), mais j’avais depuis longtemps envie de travailler sur le support de l’image et non plus uniquement sur la technique de projection. La commande par Véronique Bellegarde de la réalisation d’un système de projection d’images sur écran de brouillard, pour son spectacle l’Instrument à pression m’avait donné l’occasion de m’intéresser à la mécanique des fluides. Après l’avoir réalisé, j’ai lu l’ouvrage d’Etienne Guyon Ce que disent les fluides (Belin - Pour la science). Sa photo d’un film de savon m’a fasciné, et convaincu de l’intérêt plastique et théâtral qu’offrirait un tel dispositif sur scène, je me mis en quête d’en réaliser un. Le résultat fut à la hauteur de mon incompétence dans ce domaine, et je demandais conseils à Etienne Guyon, ainsi qu’à Sylvain Lefavrais, du Palais de la découverte, où j’avais entendu dire qu’un film de savon de 18m de haut avait été réalisé il y a quelques années.
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Quelques temps plus tard, je recevais deux mails le même jour, qui tous deux m’indiquaient François Graner comme la personne la plus à même de me conseiller. Grâce à ses précieuses indications, je me remis au travail, les résultats arrivèrent enfin, et avec eux l’émerveillement devant ce film fin, souple et mouvant, sans cesse traversé d’irisations. Un premier prototype mis au point dans l’atelier des Rémouleurs, qui comportait malgré son côté bricolé de petites améliorations, dues à mon expérience de marionnettiste (multiplication des points d’alimentation en liquide, et donc possibilité d’obtenir des films plus larges et plus stables), a convaincu François Graner du sérieux de ma volonté d’avancer. Je sais ce que je veux obtenir : un film de savon stable, le plus large possible, qui puisse être utilisé en conditions scéniques, et teinté à volonté pour le rendre opaque. On a pourra ainsi par moments jouer de la transparence et des irisations d’une voile fluide et mobile, et à d’autres avoir un écran déformable d’un simple souffle, qu’une main humide peut traverser sans le faire éclater, et qu’on peut faire disparaître instantanément en le perçant. Pour réaliser cela c’est là que la présence de scientifiques, apportant leur savoir, leur technique, et leur méthodologie est indispensable. C’est sur un projet comme celui-ci que la collaboration artiste/scientifique peut donner son meilleur. Au-delà de ce spectacle, il y a le fait que le dispositif du cinématographe mis au point en 1895 (une image projetée perpendiculairement à l’écran, sur un support lisse, blanc, opaque et immobile, depuis une source située derrière le public et cachée à sa vue) montre des signes d’épuisement. Si l’industrie du cinéma travaille d’arrache-pied à des systèmes de 3 D basés sur le numérique, le spectacle vivant peut lui aussi ouvrir de nouvelles pistes et rechercher des systèmes plus poétiques."
Olivier Vallet
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