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L’intelligence électronique et la gestuelle dansante ensemble, dans un spectacle, ne se rencontrent pas tous les jours. On va donc les trouver s’épaulant l’une l’autre dans Virus//antivirus.
L’expérimentation est inscrite dans le parcours de la compagnie Lanabel. C’est ainsi qu’après une immersion dans le monde industriel avec le spectacle Qué Calor, « on s’est dit qu’on pouvait peut-être aller plus loin, souligne Annabel Bonnéry car on avait des questions par rapport à la technologie et au corps avec des hyperprothèses ». Ces interrogations ont d’abord traversé François Deneulin, scénographe et co-fondateur de la compagnie, qui a très tôt participé aux ateliers de créativité du Minatec IDEAs Laboratory® dirigé par Michel Ida. Par la suite, la chorégraphe danseuse l’y a rejoint et leur intérêt pour les capteurs n’a fait que s’accroître.
Entre une artiste, qui plus jeune se rêvait ingénieur, et un chercheur du Cea, qui compte à son actif trois CD en tant que compositeur de musique, la complicité fut très vite là. « Avec Annabelle, on a tout de suite eu envie d’aller vers la création, d’inventer une gestuelle à partir d’un capteur de mouvements qui génère de la musique. La première démonstration, il y a un an et demi, a été convaincante et après quelques séances de travail, l’alchimie s’est faite. Assez rapidement, on a obtenu des pépites d’où l’idée de faire un spectacle » déclare Dominique David.
Cette première collaboration, au sein du laboratoire Arts-Sciences, est porteuse de bien des promesses. Car, à partir d’enjeux différents pour chacun, se tisse un objectif commun qui exige disponibilité et ouverture, qualité du regard et exigence de part et d’autre. Pour Dominique David qui travaille depuis 2000 à l’élaboration et à la mise au point de la starwatch : « un des objectifs, comme l’électronique se banalise et l’usage se répand dans le grand public, est de faire évoluer l’ordinateur tel qu’il est aujourd’hui car le clavier n’est pas naturel à l’homme. Il faut donc essayer d’imaginer des modes plus intuitifs, des nouveaux moyens d’interagir par le biais d’une miniaturisation qui permet de capturer des mouvements».
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Une façon d’utiliser l’ordinateur qui laisserait les mains libres, si l’on peut dire. Le bénéfice est alors grand d’associer, dans un solo de danse, l’art de la chorégraphe-interprète et celui du chercheur pour perfectionner cette nouvelle technologie, affiner ses usages. « Avec la souris ou le clavier, on est très loin du geste artistique. Avec la starwatch, on libère le geste, poursuit Dominique David, et cela permet une expression plus profonde de la personne ». Plus largement, et dans le souci constant qui est le sien d’améliorer l’interface entre l’humain et l’électronique, cela permettrait à chaque individu de s’approprier davantage l’outil et à ceux qui n’en font pas encore usage d’y venir peut-être.
« Arriver à transmettre autrement le geste à la machine, pour aller au-delà de l’usage pré-digéré que suppose la souris ou le clavier, favoriserait l’expression de chacun, laisserait une plus large part à l’improvisation, à l’imprévu». Si le champ des applications de la starwatch est très large, ce qui est déjà envisagé est d’aider les personnes à mobilité réduite. Suppléer à la faiblesse des muscles par une neurostimulation et utiliser les capteurs comme prolongement. D’où le titre comme un hommage revendiqué par Annabel Bonnéry à ce qui peut constituer un des premiers usages de cette technologie : l’usage médical. « L’idée que les capteurs puissent relater ce qui se passe dans le corps ; puissent pallier à ses défaillances m’intéresse beaucoup. Ca questionne sur la danse aujourd’hui, cette idée de technologie faite d’abord pour optimiser le corps. Mais dans cette performance, le corps, un moment donné, ne va-t-il pas perdre ? Ce qui m’intéresse alors c’est de montrer, de façon ludique, en les relativisant ou en les appuyant, les effets peut-être contraires de cette modernité. Virus/antivirus dans l’esprit aussi de thèse/anti-thèse mais je ne donnerai pas de réponse. » Le but, poursuit Dominique David, “c’est aussi d’aller vers un électronique qui fasse sens car cette voie-là est encore insuffisamment explorée“. A charge alors pour eux, durant les six semaines que va durer la résidence de recherche, de transformer ces enjeux dans un imaginaire qui fera vivre au spectateur le corps autrement.
Nadine Epron Rédaction du suivi épistémologique de la résidence
[LES CAHIERS N°1]
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