Residence sur les micro écrans à très haute luminance - Micro OLED

Un projet se met en place entre le laboratoire DOPT/SCOO/LVC avec François Templier qui développe des microécrans à très haute luminance* pour des applications de lunettes à réalité augmentée et la jeune artiste Pauline de Chalendar, issue de l’école du Fresnoy autour de l’éventuelle réalisation d’un démonstrateur LED à matrice active.
Les premières rencontres, visites du showroom et des laboratoires ont commencé afin de faire comprendre la technologie et imaginer une histoire inspirante pour l’artiste.
Ce travail commun va donner lieu à une présentation d’un dispositif appelé Mouvement de foule au prochain salon EXPERIMENTA du 6 au 8 oct 2016 à MINATEC Grenoble.

* Le principe est d’utiliser la technologie LED à base de GaN, déjà̀ courante dans l’éclairage. La difficulté́ est de réaliser des centaines de milliers de micro diodes voisines, puis de connecter cette matrice à un circuit électronique qui permette d’écrire les images.

Note d’intention et démarche artistique



Plasticienne d’origine, je développe depuis plus d’un an un intêret croissant pour les enjeux art-science, nouveaux systèmes de captation et de visualisation, par lesquels il me semble possible d’interroger notre relation au monde de façon sensible, espiègle et immersive. Mon travail de dessin est une réflexion sur les distances entre les hommes, la complexité des rapports sociaux.
Le corps, son espace, l’équilibre entre contrôle et lâcher-prise dans la création y occupent une place centrale. Entre abstraction et figuration, la pratique du dessin est pour moi une étape nécéssaire de digestion, compréhension et interprétation des rapports. C’est un moment suspendu qui échappe au temps accéléré, comme un acte de résistance.

Le projet Mouvement de foule arrive comme un basculement après À main levée et La ronde et le sillon , deux installations artistiques réalisées au Fresnoy qui interrogent le retour à la nature et à le retour à soi. En écho avec l’actualité en France et partout dans le monde, Mouvement de foule explore la notion de rassemblement, le regroupement d’individus qui deviennent des masses qui se déplacent, se propagent et se dispersent. En réinterprétant la mobilisation à travers le dessin et trois couleurs, je pose la question : Qu’est-ce qui anime les foules ? Qu’est-ce qui les fait basculer ?

L’installation artistique invite à « se pencher sur », à « prêter attention à » : une attitude porteuse de sens à une époque où notre attention est diffractée, sollicitée de toutes parts. En manipulant le dispositif, le spectateur se penche physiquement sur le foyer lumineux d’une activité, une mobilisation passée ou dissimulée. C’est une autre manière de prêter attention aux évènements dans notre société et dans le monde. Dans un paysage immaculé et endormi, le micro-écran révèle ce qui grouille, ce qui s’agite. Un regard sur ceux qui s’organisent tant bien que mal en communautés, et s’approprient une portion de territoire. Ici, il ne s’agit pas de dévoiler l’infiniment petit, mais bien de donner à voir, de façon suggérée ce que l’on ne prend pas le temps de voir, que l’on ne peut ou ne veut pas voir.
Je souhaite également questionner notre rapport distancié, presque anesthésié, aux écrans dans notre quotidien. Les actualités s’enchaînent en flux et notifications ininterrompues, si bien qu’on ne différencie plus les évènements dans le proche et dans le lointain, dans le temps et dans l’espace. En regardant littéralement à la loupe un écran illisible autrement, le spectateur se positionne déjà en observateur curieux et devient participant.
Cette œuvre s’inscrit dans une démarche exploratoire sur le processus de création et la temporalité dans le dessin que je mène depuis plusieurs années. À l’instar de mes projets en cours, Mouvement de foule est pensé comme une recherche modulatoire qui s’enrichit au fil du temps, et fait dialoguer médias traditionnels et technologiques : à mon sens, notre rapport aux nouvelles images doit se développer en regard avec leur histoire.

Pauline de Chalendar

Références bibliographiques
Brouahaha, les mondes du contemporain ∙ Lionel Ruffel, 2016, éditions Verdier
Une brève histoire des lignes ∙ Tim Ingold, 2011, éditions Zones Sensibles Accélération. Une critique sociale du temps ∙ Harmut Rosa, 2010, éditions La Découverte
Le dépeupleur ∙ Samuel Beckett, 1970, les éditions de Minuit
Masse et puissance ∙ Elias Canetti, 1959, éditions Gallimard Psychologie des
foules
∙ Gustave Le Bon, 1895, Puf
La dimension cachée ∙ Edward T.Hall, 1971, éditions du Seuil

Références artistiques
Kyrielle ∙ Boris Labbé, 2011, installation vidéo en boucle, aquarelle sur papier Data Zones ∙ Michal Rovner, 2003, installation vidéo
Dessins mescaliniens ∙ Henri Michaux, 1950 - dessins mescaliniens, ± 1950 Suddenly this Overview ∙ Fischli & Weiss, 1981-2006, installation de sculptures
d’argile non cuite sur socles
The Beginning of the end ∙ Corentin Grossman, 2008, fusain sur papier 142 /80 cm
Fatigues (Charcoal Drawings) Tacita Dean, 2012 Pointillisme (technique picturale)

Recherches techniques et technologiques



Pauline de Chalendar est convaincue que le rapport aux nouvelles images doit se construire et se développer en regard de l’histoire de l’image et venir la questionner.
L’œuvre Mouvement de foule mêle ainsi des technologies de pointe (micro-écrans, outils de grossissement) et des techniques et objets artisanaux (dessins sur tableau noir, socle en bois).

Réalisation des animations


Les courtes animations contenues dans le micro-écran seront foisonnantes, dynamiques, avec un fort effet de matière. Elles seront réalisées à la craie sur un support ardoise en utilisant les trois couleurs de la synthèse additive : rouge, vert, bleu et l’addition des trois : blanc.

Ce choix s’est fait suite à l’observation au digiscope (microscope électronique) des pixels RVB d’un smartphone. Un dessin traditionnel en RVB sur fond noir est un écho à l’alignement de pixels RVB qui constituent tous les écrans qui nous entourent. L’utilisateur pourra zoomer avec la loupe jusqu’à ces composants électroniques, semblables à un alignement d’individus. Ainsi la démarche s’apparente également à une forme de pointillisme revisité : le spectateur peut passer du figuratif à l’abstrait en zoomant jusqu’aux composants électriques, jusqu’aux pixels élémentaires.

Différents tests seront nécessaires pour vérifier la qualité du rendu de ces animations sur les micro-écrans, et ce dans les différents niveaux de zoom possibles pour le spectateur.

Micro-écran OLED


L’œuvre interrogeant le rapport à l’illisible qu’elle donne à voir, l’artiste s’est orientée, après plusieurs rencontres avec des chercheurs du CEA, vers l’utilisation de microécrans, et plus particulièrement les micro-écrans (environ 3mm) à très Haute luminance développés au Département Optique et Photonique du CEA-LETI. Ce type d’écrans est développé principalement pour des applications de lunettes à réalité augmentée, mais leur usage en sera ici détourné pour proposer au contraire une immersion dans une toute petite image, ce qui représente un vrai défi optique en termes d’interaction avec le spectateur.
L’artiste utilisera l’avant dernière génération de microécrans, et non la dernière, ceux-ci étant plus petits mais étant encore trop limités en terme de contenu d’affichage
possibles.

Une phase de tests avec François Templier, chercheur au CEA-Leti, va permettre à Pauline de Chalendar d’explorer l’ensemble des potentiels d’affichage de ces microécrans.




Instrument d’optique


Un instrument grossissement optique sera nécessaire pour que le public puisse s’immerger dans l’image contenue sur le micro-écran, qui est illisible à l’œil nu. Plusieurs pistes ont déjà été explorées, avec test de loupes numériques et microscopes.
Les loupes numériques se sont avérées faciles d’utilisation, elles ont toutefois une qualité d’écran assez faible, ne permettant pas d’avoir une image des pixels RVB en HD comme souhaité.
L’image est moins belle que via une lentille et, qui plus est, on perd une partie de l’effet immersif en observant le micro-écran à travers un autre écran, et non en collant son œil à l’objectif.
Le choix devrait se porter vers un microscope binoculaire utilisé dans les labos optiques, fixé sur un bras mobile qu’il est possible de déplacer sur les trois axes X Y Z. L’idée serait de disposer ce bras à une hauteur fixe mais d’en permettre sa manipulation en X et Y ou sur un rayon défini, permettant à l’utilisateur de s’attarder sur le/les micro-écran(s) mais aussi sur le bois. Le confort de la vision et surtout les images observées sont de très bonne qualité et convaincantes, malgré l’inconvénient de la taille imposante de l’outil. Sur l’installation, l’utilisateur manipule librement l’instrument d’optique et décide du niveau de zoom. Il génère ainsi une série de gestes pour le réglage, est amené à se concentrer sur quelque chose et devenir acteur du processus.

Une phase de tests avec François Templier, chercheurs au CEA-LETI, visera à valider le choix d’un microscope binoculaire puis de sélectionner le modèle approprié, puis ensuite de tester l’interaction possible entre ce microscope et le micro-écran (distance entre l’outil de grossissement optique et l’écran , gestuelle et mode d’interaction proposé au spectateur,…)


Découpe bois à la fraiseuse
Le plateau en bois sera réalisé par Pauline de Chalendar grâce à une fraiseuse numérique (dans le cadre d’un partenariat avec le FabLab de la Casemate). Il sera conçu comme un dessin, bien qu’en volume, formant un ensemble assez délié. Modulable, le plateau de bois sera pensé de sorte à pouvoir être présenté sur socle ou au mur, explorant deux modes d’interactions différents.



Encastrement du micro-écran dans le plateau en bois


L’encastrement du micro-écran dans le plateau en bois est une étape délicate qui nécessite des compétences très spécifiques. Charles-Elie Goujon, ingénieur au CEA dans l’équipe dédiée au showroom de Minatec, a déjà été amené à incruster des micro-écrans dans d’autres matériaux pour réaliser des démonstrateurs. Il viendra donc mettre à disposition ses compétences pour la réalisation de ce projet et prendre en charge les tâches suivantes :
- Conception/réalisation pièce mécanique microscope
- Conception/ réalisation encapsulation et support
- MicroOled Intégration système : optique/afficheur/ flux vidéo, etc.



PAULINE DE CHALENDAR - Artiste

Née en 1990 en Seine-Saint-Denis, Pauline de Chalendar développe par le dessin une
réflexion sur les rapports de distance et de proximité entre les individus. Le corps,
l’espace naturel et le processus de création occupent une place centrale dans son travail.
Après un cursus artistique à l’ESAL Épinal et l’ENSA Nancy, elle entre en 2013 au
Fresnoy - Studio national des arts contemporains à Tourcoing où elle réalise l’intérêt
des technologies numériques, nouveaux systèmes de captation et de visualisation,
pour la pratique du dessin contemporain. Elle vit et travaille maintenant à Grenoble et
développe plusieurs projets art-science.

site web

FRANÇOIS TEMPLIER - chercheur associé au projet

François Templier est Directeur de Recherche au CEA-LETI. Diplômé de Institut Polytechnique de Grenoble, et après une première expérience industrielle dans les écrans plats chez Thalès, il entre au CEA comme chercheur au Laboratoire Composants pour la Visualisation. Il a été chef de différents projets industriels et européens sur le thème des écrans : écrans flexibles, écrans OLED, picoprojecteurs LCD, lunettes à réalité augmentée. Il est impliqué dans la recherche d’écrans innovants, et dirige notamment un programme de développement de nouveaux micro-écrans très haute luminance à base de GaN. Il est membre de la Society for Information Display (SID), dont il est Directeur de la branche française depuis 2012.