> Plus d'infos sur la résidence Terza luce

La Terza Luce : Tests Perceptifs

Vers de nouvelles interactions entre le son & la lumière

Les visiteurs du salon Expérimenta étaient invités à participer à des tests de perception mettant en jeu les rapports son / lumière pour nourrir la réflexion des lauréats du prix A.R.T.S. 2011 de l’Atelier Arts-Sciences, le compositeur Michele Tadini et le chercheur Angelo Guiga, porteurs du projet La Terza luce – La Troisième lumière. Une étape de travail avant le concert prévu pour les Rencontres-i 2013. Poussons la porte de l’expérience…

Munis d’un questionnaire papier et d’un stylo, nous prenons place devant un mur blanc, support aux projections lumineuses. La voix enregistrée de Michele Tadini nous guide tout au long de ces 13 minutes pendant lesquelles nous ouvrons grands nos mirettes et nos pavillons !
« Bienvenue à cette séance de tests. Quatre tests vous seront proposés avec un temps de réponse limité. Chacun d’eux est basé sur différents principes compositionnels appliqués à la relation entre son et lumière qui induisent d’autres angles d’analyse et de possibilités de perception. Un indicatif sonore vous annoncera le moment de noter votre réponse. Un commentaire de votre part est souhaité. Vous avez la possibilité de refaire le test une deuxième fois. Merci de votre précieuse participation. »

Nous voici prévenus : l’expérience sensible demande concentration ! Dans ces tests de reconnaissance, pertinence, construction et forme, nous comparons chaque fois deux séquences successives – son/lumière ou lumière/son – en répondant aux questions par Oui, Non, Ne sait pas. Les séquences sont-elles similaires ? La deuxième séquence est-elle une réponse, un développement de la première ? Les séquences proposées relèvent d’une complexité croissante. Seul le dernier test, demandant notre ressenti, permet de relâcher la vigilance pour se laisser porter. On ressort de ces tests les sens en éveil.

Impressions
Mes voisins et voisines livrent leurs impressions. Quelques-uns sont sceptiques ou critiques : « à quoi ça sert ? » ; « J’ai eu du mal à comprendre le sens des mots « réponse » et « évolution », et mes réponses étaient donc incertaines » ; « par ses intensités, la lumière est plus agressive que le son » ; « j’ai trouvé l’effet stroboscopique oppressant ».

Beaucoup ont apprécié, soulignant l’intérêt de cette mise en relation : « la mise en espace son et lumière et les » battements lumineux » sont très réussis » ; « c’est une expérience intéressante et novatrice » ; « C’est troublant, surprenant, presque dérangeant ! » ; « cette proposition éveille la créativité et m’a transportée, je suis danseuse et imagine une chorégraphie avec ce dispositif. »

La dernière séquence fait l’unanimité : « c’était bien d’oublier le dispositif et de s’évader, j’aurais aimé que ce soit plus long » ; « j’avais l’impression que la lumière dansait sur la musique » ; « les effets de lumière accentuent les contrastes sonores et réciproquement, c’est saisissant » ; « la lumière contribue à l’effet hypnotique du son, ça pétille ! » ; « c’était envoûtant et j’ai surtout aimé les effets de persistance rétinienne. »

Plusieurs soulignent la synesthésie ressentie : « j’avais l’impression d’avoir des hallucinations : voir le son et entendre la lumière ! » ; « l’impression d’incarnation de la musique par la lumière » ; « voir la musique, c’est trop bien ! » ; « c’est comme si nos deux sens étaient réunis en un seul. »

Attentes
Mais qu’attendent le chercheur et le compositeur de ces tests publics ? « Lors de pré-tests, nous nous sommes rendus compte qu’il était plus facile de mémoriser une séquence rythmique qu’une séquence lumineuse, explique Angelo Guiga. L’ordre est donc déterminant dans la reconnaissance : si l’on commence par la lumière, les gens sont davantage perdus car rien de narratif ne peut les aider dans la compréhension visuelle. Ils le sont moins en démarrant par le son. Nous allons voir si ce constat se vérifie avec les réponses des visiteurs du salon. Il ne s’agit pas de tests scientifiques. Les commentaires vont nous renseigner sur le ressenti du public. »

« Nous voulions prendre le temps de questionner l’effet produit sur le public, renchérit Michele Tadini. Connaître comment il perçoit le dialogue entre les deux médias et ses diverses réceptions. Voir si les gens se laissent transporter par notre univers. Voir aussi s’ils identifient ou non la similarité d’une séquence. Deux lignes de recherche sont mises en jeu ici : connaître le niveau de reconnaissance des figures présentées dans la lumière et voir si je peux appliquer certains principes musicaux à la lumière. Par exemple si je couple deux sons légèrement désaccordés, j’aurais des battements, une sorte de tremolo, c’est-à-dire une troisième vibration due à l’effet de cette superposition. Ce troisième son n’est pas contenu dans les deux sons d’origine. Y a t-il l’équivalent en lumière ? Peut-on produire des effets de » battements lumineux » avec les vibrations lumineuses et les fréquences de la pulsation stroboscopique ? Existe-t-il une « troisième lumière » ? »

Au cœur de leur démarche, les lauréats font le pari d’ouvrir la perception sur des nouvelles dimensions d’écoute et de vision où la lumière devient son et où le son devient lumière : « un nouvel état où les yeux créent leurs illusions sonores et où les oreilles vibrent au scintillement de la lumière. » Le pari est réussi si l’on en croit le petit échantillon avec mes voisin(e)s ! Pour le concert des Rencontres-i qui promet des interactions novatrices entre le son et la lumière, quatre musiciens seront sur scène : percussionniste, violoncelliste, bassoniste et claviériste. Le dispositif lumineux reste à inventer et l’analyse des résultats constituera un bon support de réflexion grâce à une récolte fructueuse. Cette analyse des 556 questionnaires est en cours…

Christiane Dampne

N.B. : Lecture complémentaire sur la genèse du projet La Terza luce : « En quête d’une Troisième lumière ».